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Le publicitaire Dentsu tire-t-il les ficelles des médias japonais ? via Television

Dentsu, 5e groupe de communication dans le monde, concentre dans ses mains l’essentiel du marché publicitaire japonais, ce qui impacte la liberté des médias au Japon, notamment pour parler de l’industrie nucléaire.

L’instant est resté célèbre. Le soir des élections sénatoriales, l’ex-acteur Tarô Yamamoto[+], candidat antinucléaire atypique, soutenu par aucun parti et ayant mené campagne sur Twitter, vient de remporter un siège de sénateur à Tôkyô. Censuré par les médias, le jeune candidat à la verve célèbre a fait campagne principalement contre le nucléaire, mais aussi contre les médias, les accusant d’être « à la solde des annonceurs et donc des compagnies d’électricité » et de « censurer systématiquement toute information critique sur le nucléaire ».

Une chaîne de télévision lui accorde un entretien en fin d’émission mais en laissant d’abord un journaliste sur le plateau défendre la profession. À l’écran, le jeune sénateur n’a plus qu’une minute pour répondre. « Je vais prendre un exemple simple. Les aliments peuvent désormais contenir jusqu’à 100 becquerels par kilo, cela veut dire que rien que par l’alimentation nous sommes irradiés. Cela n’est jamais dit à la télévision… ». Tarô Yamamoto est obligé de s’interrompre. Le jingle de fin d’émission commence, et sur le plateau l’animateur annonce goguenard que l’émission est terminée, avant de lancer une page de publicité[+].

[…]

Mais alors que le redémarrage des centrales est entravé par des dizaines d’actions en justice en cours, parfois victorieuses comme à Takahama, et que la population est majoritairement réticente au redémarrage des réacteurs, la promotion du nucléaire est redevenue un enjeu de taille. Après le redémarrage d’une centrale en 2015, 2016 est l’année du redémarrage discret des publicités nucléaires. Celles-ci apparaissent dans la presse et les télévisions locales des préfectures abritant des centrales. M. Ryû Honma exhibe fièrement ses dernières trouvailles : depuis février 2016, des pleines pages de publicité sont publiées dans le Fukui Shimbun par la Compagnie d’électricité du Kansai, là où la centrale de Takahama vient d’être arrêtée un mois après son redémarrage suite à une action en justice de citoyens. Dans le Niigata Nippo et à la télévision locale, des publicités de Tepco pour le redémarrage de Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande centrale nucléaire au monde, sont là aussi apparues dans un contexte particulier : l’actuel gouverneur est fermement antinucléaire et s’oppose à tout redémarrage mais des élections auront lieu d’ici la fin de l’année alors que son mandat s’achève. Ce retour de la publicité nucléaire par Tepco ne se fait cependant pas sans susciter l’ire de citoyens de Niigata, notamment des réfugiés de Fukushima qui ont lancé une pétition demandant l’arrêt de ces publicités.
Le message de toutes ces publicités est exactement le même, et laisse imaginer Dentsu à la manœuvre derrière. Les compagnies d’électricité promettent de faire tous les efforts possibles pour assurer la sécurité des centrales, tandis que des photographies mettent en avant les travailleurs des centrales, touchant la corde sensible de l’emploi dans ces régions souvent démunies et parfois très dépendantes de l’industrie nucléaire, comme Fukui. Selon M. Ryû Honma, ces publicités ne sont certainement que la partie immergée de l’iceberg : elles s’accompagneront d’un suivi étroit de toutes les informations publiées sur le nucléaire, et la quasi-assurance que ces journaux locaux ne donneront, dans la mesure du possible, que peu la parole aux opposants.
Dans un rapport sur la liberté de la presse publiée le mois dernier, Reporter sans frontières classe désormais le Japon à la 72e place, derrière la Hongrie et la Tanzanie. L’archipel était six ans avant encore à la 11e place. En visite à Tôkyô, un rapporteur de l’ONU a également alerté le pays sur les pressions que subissent de plus en plus les journalistes japonais, qu’ils travaillent pour des médias privés ou pour la NHK. En cause, des pressions gouvernementales croissantes, accentuées par l’entrée en vigueur cette année d’une loi sur les secrets d’État, incluant les questions relatives au nucléaire. Une loi aux contours flous et qui menace les journalistes de prison ferme en cas de divulgation d’informations « secrètes ». Signe des temps, au même moment, trois journalistes de télévision réputés pour leur indépendance ont annoncé leur démission au début de l’année. Parmi eux, Ichirô Furutachi, présentateur de « Hôdô Station », qui était d’après M. Ryû Honma dans le viseur de Dentsu depuis plusieurs années en raison de son regard critique sur le nucléaire et la politique du gouvernement Abe. Nul doute que Dentsu, ambassadeur privilégié des plus grands groupes industriels, continuera à jouer son rôle dans le grand verrouillage médiatique en cours au Japon.

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