Les approches comparatives en histoire des religions antiques: controverses et propositions / Comparative approaches in the history of ancient religions: controversies and proposals

Atelier Chicago-Paris sur les religions anciennes / Chicago-Paris Workshop on Ancient Religions

Mercredi 15 décembre 2010
de 9 h 30 à 18 h 30

au Centre ANHIMA (INHA), Salle Vasari
6 Rue des Petits Champs, 75002 Paris
(Mo Pyramides, Louvre-Palais-Royal, Bourse)

9 h 30

Ouverture par François de Polignac (Directeur du Centre ANHIMA)

9 h 50

John Scheid (Collège de France et EPHE, Paris) : « La disparition du comparatisme dans certaines approches récentes des religions antiques »

10 h 40

David Frankfurter (Boston University) : « From the Villages of Panopolis to the Highland Maya: Modelling Christianization through Comparison »

11 h 30

Pause

12 h

Claude Calame (EHESS, Paris) : « Comparatisme en histoire anthropologique des religions et regard transversal : le triangle comparatif »

12 h 50

Repas au restaurant de l’INHA (self-service)

14 h 10

Marcel Detienne (Johns Hopkins University et EPHE, Paris) : « Sortir de la “Religion” en confrontant les comparatismes »

15 h

Page duBois (University of California, San Diego) : « Thirty-six views of Mytilene: Comparative approaches to ancient Lesbos »

15 h 50

Pause

16 h 10

Maurizio Bettini (Università di Siena) : « Entre “nous” et les Anciens : Vertumnus ou les aphormai de l’anthropologue classique »

17 h

Bruce Lincoln (University of Chicago) : « Theses on “Comparison” »

17 h 50

Discussion générale et conclusions

Descriptif du colloque

Le rôle déterminant joué par la comparaison d’ordre anthropologique dans la définition du large champ d’étude que s’est approprié l’histoire des religions n’est plus a dire. De la comparaison conduite par Joseph-François Lafitau des moeurs des “sauvages amériquains” avec celles de l’Antiquité à la tentative par Max Müller de la définition comparatiste d’une science de la religion ou à la grande entreprise comparative sur magie et religion de James G. Frazer (dans la perspective évolutionniste d’une histoire de l’humanité conduisant à la civilisation chrétienne d’un côté, dans celle d’une phénoménologie fondée sur des grands thèmes communs aux cultures “primitives” de l’autre), la comparaison s’est révélée doublement féconde: dans l’identification des phénomènes classés dans l’ordre du religieux et dans la conscience des implications anthropologiques de ces phénomènes, analysés en réciprocité.

Les principes de l’analyse structurale dans l’anthropologie culturelle et sociale des années soixante du siècle dernier ont conduit, en ce qui concerne l’Antiquité, soit au paradigme indo-européen des trois fonctions, dans une perspective moins diachronique que synchronique, soit à un renouveau du paradigme sémitique, dans une fréquente perspective historique de dérivation. Déconstructionnisme et relativisme postmoderniste ont contribué à déstabiliser la belle assurance des constructions structurales; ces mouvements relativistes ont nourri une mauvaise conscience, sans doute salutaire, à l’égard de ce nouveau triomphe d’une rationalité projetée tout en montrant les risques d’un universalisme et d’un essentialisme naturalisants. Désormais, la démarche comparative est revenue à des pratiques moins ambitieuses, soit sur le mode du questionnement et de l’expérimentation autour d’un problème, soit sur le mode de la comparaison différentielle à la recherche de spécificités définies par contraste, soit encore sur le mode dialogique et réflexif qui est aussi devenu celui de l’anthropologie culturelle et sociale.

Sans renoncer aux instruments de la comparaison, mais en offrant une réflexion à l’égard de ces indispensables concepts opératoires, le comparatisme est en mesure d’offrir de nouvelles voies à l’intelligibilité de cultures distantes de la nôtre, dans l’espace et dans le temps. Le moment est donc venu de confronter et de comparer nos propres pratiques comparatives, à partir de nos champs de recherche respectifs. Il s’agit de porter un regard critique sur les principes qui animent ces pratiques tout en réfléchissant sur l’interaction qu’elles impliquent avec le champ de leur exercice. Pourquoi et comment comparer (entre la Grèce, Rome, la Chine, le monde des cultures sémitiques et les cultures de l’Inde, en diachronie et en synchronie)? et avec quelles catégories implicites ou explicites (notamment autour du concept de “religion”)? Comment réhabiliter une démarche comparative à la fois rigoureuse et critique? Questionnement donc, à partir d’exemples précis, sur les modèles d’intelligibilité dont nous nous inspirons, dans la dialectique parfois conflictuelle entre catégories « émiques » et catégories « étiques » pour refonder une analyse comparative productive.

That comparison of an anthropological type played a decisive role in defining the vast field of research claimed by historians of religions goes without saying. From Joseph-François Lafitau’s comparison of the manners and customs of “sauvages amériquains” with those of classical antiquity to Friedrich Max Müller’s attempt to found a comparative science of religions, or to Sir James George Frazer’s wide-ranging comparative discussion of magic and religion (from the evolutionist perspective of a human history culminating in Christian civilization on the one hand and in rationalist criticism on the other), comparison has proven doubly fecund. For it has permitted scholars to identify phenomena classified as “religious” by indigenous and by exogenous criteria, while also enabling one to identify and compare those criteria themselves.

As regards the study of antiquity, the structuralism of the 1960s produced two novel developments: the paradigm of “the three functions” characterizing Indo-european religions and cultures, treated in a fashion more synchronic than diachronic; and the renewal of the Semitic paradigm, too often based on the historic perspective of derivation. Deconstructionism and postmodern relativism have helped destabilize confidence in structuralist constructions based on binary oppositions and these developments have fostered a healthy discomfort with the rationalist triumphalism, universalizing claims, and naturalizing essentialism that were an implicit part of the structuralist agenda. As a result, subsequent comparative research has become less confident and less ambitious: more concerned with difference than with similarity; more experimental and tentative, more self-conscious, critical, and reflexive (trends that have also been felt in other disciplines).

Without renouncing the tools of comparison, but reflecting on their implicit principles of operation, comparatism is in the process of offering novel means to interpret cultures distant from ours, both in time and in space. The moment has thus come to consider and to compare our own comparative practices, beginning from our specific areas of specialized research. The task is to bring a critical perspective on the principles that animate and inform these practices, while reflecting on the ways they interact with the givens of the cultural and historic contexts to which they are applied. How and why ought one compare? On how vast a scale (between ancient Greece, Rome, ancient China, the Semitic cultures, the Indian domain)? With what implicit or explicit categories, including that of “religion”? With what attention to issues of diachrony and synchrony? Ultimately, the question is how, on the base of precise examples, one might rehabilitate a comparative approach that is simultaneously rigorous and critical, with appropriate attention to emic and etic categories alike, as well as the occasional incommensurability of the two.

Claude Calame (EHESS, Centre ANHIMA)
claude.calame@unil.ch

Bruce Lincoln (University of Chicago)
blincoln@midway.uchicago.edu

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